Saga Menier
Noisiel  •  Histoire sociale et de la famille

Les quatre fils de la famille Menier

La descendance de Georges Menier et de Simonne Legrand incarne la quatrième génération de la dynastie chocolatière de Noisiel. Élevés au rythme des traditions de la haute bourgeoisie et des fastes de l'Équipage de vénerie, leurs destins respectifs traversent la première moitié du XXe siècle, marqués par l'évolution de l'entreprise familiale et les bouleversements des deux conflits mondiaux.

Forêt de Villers-Cotterets — Équipage Menier — Départ de la Vénerie
Forêt de Villers-Cotterets — Équipage Menier — Départ de la Vénerie.
De gauche à droite : Antoine, Claude, Hubert et Jean Menier.
13 Octobre 1904
Antoine Menier (1904-1967)
Antoine Menier
Antoine Menier

ANTOINE MENIER Antoine Menier naît le 13 octobre 1904. Il fait ses études au lycée Condorcet, comme son grand-père Gaston. Passionné de mécanique et d’automobile, il se lance dans la compétition et établit onze records du monde sur Alfa Romeo. Lors de la déclaration de guerre de 1939, il est mobilisé et sert comme lieutenant. Son ancien camarade de lycée, André Beauguitte, rapporte l’avoir retrouvé par hasard à Meaux pendant cette période. Lieutenant lui-même au secrétariat général du Conseil supérieur de la Défense nationale, Beauguitte traversait régulièrement la ville pour se rendre au château de Mondon, près de La Ferté-sous-Jouarre, où stationnait l’état-major du général Georges. Il raconte avoir reconnu Antoine alors que celui-ci était pris à partie par un commandant, auquel il avait omis de présenter le salut militaire. Interrogé sur sa profession dans le civil, Antoine répondit avec humour : « Je suis dans le chocolat. » Le commandant lui rétorqua : « Ah oui, encore un fainéant ! » Beauguitte le ramena ensuite dîner dans sa propriété, près de La Ferté-sous-Jouarre. Antoine devait toutefois regagner son cantonnement avant minuit. Malgré les circonstances de la guerre, son ami se souvient de son goût pour la nature et la poésie, qui le conduisit à parcourir le parc dans l’obscurité pour écouter le vent dans les arbres et contempler les sapins sous la lune. Après la guerre, Antoine reprend progressivement des responsabilités au sein de l’entreprise familiale. Devenu cogérant à partir de 1953, il s’installe au siège social de la rue de Châteaudun et sera le dernier membre de la famille Menier à diriger la chocolaterie. En 1929, il avait rencontré Renée Vigne lors d’une course automobile à L’Aigle, dans l’Orne. Leur mariage n’aura lieu qu’en 1961. Antoine Menier meurt à Paris le 12 août 1967, sans postérité.

1906
Claude Menier (1906-1973)
Claude Menier
Claude Menier

CLAUDE MENIER Né en 1906, Claude Menier est l’un des fils de Georges et de Simonne Menier. De santé fragile, il demeure célibataire et mène une existence assez éloignée des activités industrielles et sportives qui caractérisent certains membres de sa famille. Il manifeste un goût prononcé pour les arts et la création. Il réalise notamment les décors et l’affiche de À Paris, tous les deux, une œuvre de son père, Georges Menier, qui s’intéresse lui-même au monde du spectacle. Claude se distingue également par son intérêt pour les objets d’art et les bijoux historiques. Collectionneur averti, il achète personnellement à Londres de remarquables pièces de joaillerie. Il fait don au musée du Louvre de boucles d’oreilles en perles en forme de poire ayant appartenu à l’impératrice Joséphine et lui lègue également de somptueux bracelets en diamants et rubis associés à la duchesse d’Angoulême. Sa personnalité originale et son caractère facétieux le rendent très apprécié des enfants de son entourage, auxquels il aime apporter des cadeaux. Il entretient par ailleurs des liens d’amitié avec Joséphine Baker. Selon le récit publié sur Saga Menier, il participe à l’achat du château de Castelnau-Fayrac, en Dordogne, où la célèbre artiste s’installera avec sa nombreuse famille. Claude survit à ses trois frères. Contrairement à la plupart des hommes de sa lignée, il ne participe ni à la direction de l’entreprise chocolatière ni aux grandes aventures qui ont marqué l’histoire familiale. Il laisse néanmoins une empreinte importante par ses collections, ses goûts artistiques et sa générosité. À sa mort, survenue à Paris le 13 avril 1973, il lègue l’intégralité de ses biens à l’œuvre des Jeunes Infirmes de la rue Lecourbe, témoignant ainsi de son engagement philanthropique.

12 Décembre 1910
Hubert Menier (1910-1959)
Hubert Menier
Hubert Menier

HUBERT MENIER Hubert-Jacques-Georges Menier naît à Paris le 12 décembre 1910. Fils de Georges Menier et de Simonne Legrand, il poursuit ses études secondaires au lycée Carnot, où il obtient son baccalauréat. Contrairement à certains membres de sa famille attirés par les arts ou les aventures sportives, il consacre sa vie professionnelle à l'industrie chocolatière familiale. Le 4 juin 1948, à l'âge de 37 ans, il épouse Odette Gazay, veuve de Roger Naudy. Deux enfants naissent de cette union : Jean-Louis, en mai 1949, et Pauline, en mai 1952. Après la mort de leur oncle Jacques Menier, en mai 1953, Hubert et son frère Antoine deviennent cogérants de la société Menier. L'entreprise traverse alors une période particulièrement difficile, marquée par des problèmes financiers, des tensions sociales et la nécessité de moderniser un outil industriel vieillissant. Hubert participe aux décisions de la société et aux arbitrages financiers, sans parvenir à enrayer le déclin de la chocolaterie. Sa vie personnelle est toutefois dominée par d'autres passions. Amateur de polo, il fréquente assidûment le Polo de Paris, à Bagatelle. Mais c'est surtout la vénerie qui occupe une place centrale dans son existence. En 1950, il crée près de Chantilly son propre vautrait, équipage spécialisé dans la chasse au sanglier. Il restera le dernier représentant de sa génération à pratiquer avec une telle constance cette tradition cynégétique familiale. À la suite du décès de Jacques Menier, la famille s'installe au domaine de Rentilly, à Bussy-Saint-Martin, dont Hubert devient propriétaire. Le château et son parc offrent un cadre de vie très différent de celui de Noisiel, où se joue désormais l'avenir industriel de la famille. Rentilly devient ainsi le symbole d'un patrimoine résidentiel et d'un art de vivre qui perdurent alors même que l'entreprise familiale s'affaiblit. La maladie finit par l'éloigner progressivement de ses responsabilités. En 1953, il délègue ses pouvoirs à son épouse, Odette Gazay, qui devient un relais de son autorité dans l'entreprise. Hubert Menier meurt le 28 juin 1959, à l'âge de 48 ans, à Bussy-Saint-Martin. Il ne verra ni la fusion de la société Menier avec les chocolats Rozan en 1960, ni le rachat de l'entreprise en 1965. Son parcours témoigne du destin contrasté de la dernière génération dirigeante de la famille Menier : héritier toujours impliqué dans l'industrie chocolatière, il demeure aussi profondément attaché aux chevaux, au polo, à la chasse et au domaine de Rentilly. Sa disparition prématurée marque une étape importante dans le déclin du contrôle familial sur la chocolaterie de Noisiel.

9 Mars 1913
Jean Menier (1913-1944)
Jean Menier
Jean Menier

JEAN MENIER Jean Menier, surnommé Jean IV au sein de sa famille parce qu'il était le quatrième garçon, naît à Paris le 9 mars 1913. Fils de Georges Menier et de Simonne Legrand, il grandit dans une famille où se côtoient l'industrie chocolatière, les activités artistiques et les passions personnelles. En 1924, il est élève à l'Institut Saint-Charles de Monceau. Selon la biographie familiale publiée sur Saga Menier, il serait le premier membre de la famille Menier à fréquenter un établissement scolaire religieux. Jean manifeste très jeune un intérêt pour la création littéraire. À l'âge de neuf ans, il écrit une comédie dramatique intitulée Sauver les escargots. Cette initiative témoigne d'une imagination précoce et rappelle le goût de son père, Georges Menier, pour le théâtre et le spectacle. La pièce aurait suscité l'intérêt de la comédienne Marguerite Deval, qui aurait souhaité y tenir un rôle. Jean demeure toutefois à l'écart des grandes responsabilités industrielles et des aventures sportives qui caractérisent certains de ses proches. Son parcours personnel reste peu documenté, et les sources disponibles ne permettent pas de préciser davantage ses activités à l'âge adulte. Il meurt célibataire à Paris le 11 janvier 1944, à l'âge de trente ans, après une maladie que la chronique familiale décrit sobrement comme une « petite maladie ». Ses obsèques sont célébrées le 14 janvier, dans l'intimité familiale, en l'église Saint-François-Xavier. Sa disparition prématurée laisse peu de traces dans l'histoire industrielle de la famille. Comme son frère Claude, Jean appartient à cette génération des Menier qui ne prendra pas directement part à la direction de la chocolaterie. Son intérêt précoce pour l'écriture constitue néanmoins un témoignage singulier de la place qu'occupait la création artistique dans son environnement familial.

Ces quatre trajectoires de vie reflètent l'histoire d'un groupe familial d'élite qui, au-delà de sa puissance industrielle ancrée à Noisiel, a perpétué ses attaches culturelles, ses passions mondaines et artistiques à travers les générations, jusqu'au crépuscule de l'empire chocolatier.

Saga Menier  •  Noisiel, Seine-et-Marne