Jean-Antoine-Brutus Menier
Biographie d’un bâtisseur d’empire issu de « l’Empire », d’après le témoignage de Jacques Ponant, neveu d’Antoine Menier et de Renée Vigne.
Témoignage familial présenté avec des repères historiques et des références documentaires.
Le témoignage de Jacques Ponant
Jacques Ponant (1932-2022) était le fils de Paul Ponant et de Marcelle Vigne, sœur de Renée Vigne. Il était le neveu d’Antoine Menier et le filleul de Renée Vigne, épouse d’Antoine Menier. Très proche du couple, qui n’eut pas d’enfant, Jacques Ponant occupa une place importante dans leur vie. Renée Vigne le désigna comme son légataire universel. Professionnellement, il travailla pendant plusieurs décennies dans le secteur des coopératives agricoles. Son parcours témoigne ainsi de liens familiaux et affectifs étroits avec la famille Menier, ainsi que de son intérêt pour la transmission de son histoire par l'intermédiaire de cette biographie.
Origines et jeunesse
Jean-Antoine-Brutus Menier, fils de Jean Menier et de Renée-Catherine Vernet, naît à Bourgueil, en Indre-et-Loire, le 28 floréal an III, soit le 17 mai 1795. Sa famille est installée dans la région depuis plusieurs générations, où elle exerce notamment les métiers de meunier, de marchand et de vigneron. En 1811, il entre au Prytanée militaire de La Flèche, où il poursuit ses études auprès du pharmacien de l’établissement. En juin 1812, il rejoint la Grande Armée sur le front russe. Il participe à la bataille de la Moskova, le 7 septembre 1812, contre les troupes russes de Koutouzov. Il entre dans Moscou. Lorsque surviennent le terrible hiver russe et la retraite de la Grande Armée, il porte assistance aux soldats malades ou mourants, notamment grâce à une préparation destinée à combattre la dysenterie et présentée comme enrobée de cacao.
Le retour en France et Joséphine
De retour à Paris, il entre le 1er octobre 1813 à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, où il exerce jusqu’au 21 août 1814, date à laquelle il est renvoyé dans ses foyers. Selon le récit familial, il entretient une profonde amitié avec Joséphine, impératrice des Français, de trente-deux ans son aînée. Sur son lit de mort, à la Malmaison, le 29 mai 1814, elle lui aurait confié ses dernières volontés. Menier aurait consacré sa vie à faire fleurir la tombe de l’impératrice de roses rouges, renouvelées chaque jour. Ses descendants auraient perpétué cette tradition familiale. En reconnaissance de sa fidélité, Joséphine lui aurait offert une modeste parure de rubis et de diamants que lui avait donnée l’Empereur. Selon Jacques Ponant, le collier et le bracelet furent donnés au Louvre par Jacques ou Claude Menier. La bague, omise lors de la donation, aurait été retrouvée dans la succession de Madame Antoine Menier sous le nom de « Bague de Joséphine ».

Donnation Claude Menier: Pendants d'oreilles de l'impératrice Joséphine
Le mariage et la maison de droguerie
Le 24 février 1816, Jean-Antoine-Brutus Menier épouse Marie-Edmée Virginie Pichon, âgée de dix-neuf ans. La dot de son épouse lui permet de créer sa propre maison de droguerie au 13, rue Bar-au-Bec, dans le quartier du Marais à Paris. Selon Jacques Ponant, Menier, soucieux d’efficacité plutôt que de notoriété mondaine, avait sacrifié à l’Empereur les derniers mois de ses études, qui lui auraient permis d’obtenir son diplôme de pharmacien.
Noisiel et le diplôme de pharmacien
Les affaires prospèrent. En 1825, Menier s’installe à Noisiel, où son entreprise se développe jusqu’à devenir une importante industrie alimentaire. Une campagne est menée contre lui au motif qu’il ne possède pas de diplôme de pharmacien. Il reprend alors ses études et obtient son diplôme à quarante-quatre ans, en 1839, alors que son fils Émile-Justin, né en 1826, est déjà âgé de treize ans.
La Légion d’honneur et la fin de sa vie
À la promotion du 1er janvier 1853, il est fait chevalier de la Légion d’honneur. Son dossier ne laisse aucun doute sur ses attaches bonapartistes. Le 16 mars 1853, une attaque de paralysie le frappe. Il décide de laisser l’affaire à son fils Émile-Justin et se retire dans sa maison de campagne, au 19, rue Singer, à Passy. Il y meurt le 19 décembre 1853.
La médaille de Sainte-Hélène
Selon le témoignage familial, Napoléon III lui aurait attribué exceptionnellement, à titre posthume, la médaille de Sainte-Hélène, en reconnaissance de ses services comme pharmacien de l’Empereur. Cette distinction aurait été accordée après sa mort, la médaille ayant été créée en 1857.

Chronologie de Jean-Antoine-Brutus Menier
Repères historiques et éléments à confirmer
La relation avec Joséphine
L’amitié avec Joséphine, les dernières volontés, les roses rouges et le don de la parure sont rapportés par Jacques Ponant. Les sources consultées ne permettent pas de confirmer indépendamment tous ces épisodes. Ils sont conservés ici comme éléments de la mémoire familiale.
Les bijoux et le Louvre
Le Louvre conserve des bijoux attribués à Joséphine, dont des pendants d’oreilles donnés par Claude Menier en 1973. Cette donation est documentée par le musée, mais elle ne prouve pas à elle seule l’histoire du collier, du bracelet et de la bague racontée par Jacques Ponant.
La médaille de Sainte-Hélène
La médaille de Sainte-Hélène est créée le 12 août 1857 par Napoléon III. Jean-Antoine-Brutus Menier étant mort en 1853, une remise postérieure à son décès n’est pas chronologiquement impossible. Toutefois, aucune pièce nominative établissant l’attribution exceptionnelle évoquée dans le témoignage n’a été identifiée dans les références réunies ici.
Références documentaires
- Musée du Louvre, notice de collection consacrée aux pendants d’oreilles
attribués à l’impératrice Joséphine.
Consulter la notice du Louvre - Service historique de la Défense, documentation sur la médaille de Sainte-Hélène
créée en 1857.
Consulter le site institutionnel - saga-menier
Consulter le site
- Ponant, Jacques, M comme Menier, 122 p., 15 × 21 cm, ISBN 979-10-284-0467-3, HACHETTE