

MARCELIN BERTHELOT A NOISIEL
"Monsieur
Delépine, Professeur au Collège de France et Membre de l'Institut
qui occupe la chaire de Chimie organique et qui fut autrefois celle du chimiste
Marcelin Berthelot, a retrouvé dans son laboratoire un cahier de
notes de son illustre prédécesseur qui a relaté, sur
ce cahier, la plupart des travaux qu'il a exécutés à
Noisiel de 1860 à 1864 lorsqu'il dirigait et contrôlait les
fabrications chimiques de notre Maison.
Mon père (Emile-Justin) avait ouvert ses laboratoires aux grands
chimistes d'alors, les Frémy, Balard, Sainte-Claire Deville, Laurent,
Würtz, Gréhant, etc ..., qui avaient toujours trouvé
à Noisiel les éléments nécessaires aux travaux
et recherches qu'ils effectuaient.
C'est alors que mon père, en 1860, avait obtenu le concours et le
contrôle du jeune et déjà illustre Marcelin Berthelot
qui poursuivait à Noisiel ses travaux de chimie synthétique
avec un vif succès." Sur le cahier de notes, Marcelin Berthelot
notait presque au jour le jour ses importantes recherches et travaux sur
les produits synthétiques et entr'autres, on remarquera, à
la date du 31 janvier 1862, la mention : "Synthèse de l'alcool"
qui consacrait, comme on le sait, une des grandes découvertes de
la chimie moderne."
Mémoire de Gaston Menier
MARCELIN BERTHELOT
Marcelin-Pierre-Eugène
Berthelot naquit le 25 octobre 1827 au coeur du vieux Paris révolutionnaire,
place de Grève où se trouve actuellement l'Hôtel de
Ville.
Son père, Jacques-Martin Berthelot, était médecin et
républicain dans l'âme. Chrétien et Gallican de l'ancienne
école, il était admirable de charité et de dévouement.
Vivant dans un quartier populaire, il soignait gratuitement la plupart de
ses malades ; il vécut et mourut pauvre. Marcelin grandit au milieu
du début du règne de Louis-Philippe ; il vit la maison paternelle
transformée en ambulance, on y apportait tout couvert de sang les
gardes nationaux et les insurgés que son père soignait. Lors
des épidémies de choléra, Marcelin suivait son père
dans ses visites. Ainsi, enfant et adolescent, il reçut les plus
hautes leçons de dévouement et de solidarité. Au collège,
sa vive intelligence se manifesta de bonne heure par des succès exceptionnels.
En 1846, il obtint au concours général entre tous les lycées
de France, la plus haute récompense universitaire : le prix d'honneur
de philosophie. Ses
études terminées, il hésita sur le choix de sa carrière
: il pouvait aborder l'histoire, l'archéologie, la philosophie. Guidé
par les traditions et les souvenirs, il préféra les sciences.
L'originalité de son esprit ne se pliait pas au niveau commun. Evitant
de se mettre à la suite d'aucun patron, il resta longtemps dans une
situation des plus modestes.

Préparation de la strychnine
avec la noix vomique (collection Saga Menier)
L'insuccès
de la révolution de 1848 attrista Marcelin qui était républicain
et fils de républicain. Il ajourna ses espérances. Après
avoir travaillé au laboratoire du chimiste Pelouze, rue Dauphine,
il fit ses études médicales et entra en janvier 1851 comme
préparateur dans le laboratoire du chimiste Balard, au Collège
de France. Il avait un traitement de 800 Francs par an et pour vivre devait
donner des répétitions privées. C'est dans ces conditions
qu'il réalisa ses expériences sur la synthèse chimique
qui rendirent, dès lors, son nom fameux dans le monde entier. L'oeuvre
scientifique de Berthelot est immense. Elle révèle un des
esprits les plus puissants et les plus équilibrés qu'il n'y
eut jamais, un génie philosophique, qui savait au besoin se spécialiser.
Parmi les grands savants du 19ème siècle, sa figure est peut-être
la seule qui rapelle encore celle des fondateurs, des génies universels
qui, au début des civilisations, pouvaient embrasser l'ensemble des
connaissances humaines. Il se refusa toujours à tirer pour lui-même
le moindre profit de ses découvertes dont il abandonna le bénéfice
à la communauté.
Il fut cependant constamment sollicité de le faire. Dès ses
premières recherches sur les hydrocarbures d'hydrogène, il
trouva un perfectionnement dans la fabrication du gaz d'éclairage
qui constituait une éconnomie de plusieurs milliers de Francs pour
la compagnie du gaz. Il rendit aussitôt sa découverte publique
sans rechercher aucun avantage personnel. A maintes reprises, les plus grands
industriels tels que Menier vinrent lui proposer des associations ou l'achat
de ses procédés sur la fabrication synthétique des
composés organiques. Au cours de sa longue carrière, il ne
prit pas un seul brevet et abandonna toujours à l'humanité
le bénéfice de ses découvertes