
Au rendez-vous du carrefour du Bois brulé
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ÉQUIPAGE
MENIER LE LAISSER COURRE
PAR MAURICE LOUBET |
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Au rendez-vous du carrefour du Bois brûlé, le valet de limier fit son rapport au maître d'équipage entouré de ses invités. Il lui offrit le choix entre un daguet et un troisième tête. Le maître d'équipage décida l'attaque du troisième tête. Quelques vieux chiens furent déhardés et entraînés par le valet de limier près de la coulée par laquelle les animaux s'étaient rembuchés à l'aube. |
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Gaston
Menier au rendez-vous du Bois brûlé
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Gaston
Menier au rendez-vous du Bois brûlé
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Les chiens pénétrèrent dans l'enceinte, invités, suiveurs, boutons, hommes d'équipage, tous immobiles et silencieux se tenaient à l'écoute des premiers récris des chiens à l'instant où ils découvriraient la voie du cerf. Les cavaliers s'étaient répartis autour de l'enceinte pour le voir sauter ; tout à coup l'un deux sonna "la vue". Le troisième tête annoncé par le valet de limier traversa d'un bond la laie des quatre Frères et s'engouffra dans l'enceinte d'en face, immédiatement suivi d'une harde de plusieurs biches et du daguet. |
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Départ
pour l'attaque
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Départ
pour l'attaque
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Au
grand galop, le piqueux s'engagea dans la futaie ; aidé de plusieurs cavaliers, il parvint à couper la route de la harde et à écarter le daguet qui se réfugia dans un taillis. Les chiens d'attaque furent stoppés, la meute découplée et lancée sur la voie du cerf maintenant isolé. Après quelques heures d'une chasse rapide, le troisième tête qui ne possédait pas la ruse, l'habileté au change d'un dix cors plusieurs fois chassé, fut sur ses fins et poussé à l'hallali. |
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Découplage
des chiens à la "Queue d'Ham"
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En
chasse pour "le pré Gueux"
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D'une
puissance moins ferme que celle d'un grand cerf, épuisé,
aux abois, il fit pourtant face aux chiens, il baissa la tête,
menaçant de ses bois ceux qui tentaient de l'approcher pour lui
mordre les jambes. Quelques boutons apparurent sonnant l'hallali, un chien se jeta sous le ventre du cerf tentant de lui dévorer les dantiers, d'un prompt coup de fouet le piqueux le fit reculer. Il sortit sa dague de l'étui accroché à son ceinturon, d'un coup précis, il frappa. |
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"Les
Boisseliers"
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"Le
Poirier d'oignon"
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Le
cerf pétrifié, atteint au coeur, parut un instant retenir
la vie puis s'affaissa. Des suiveurs maintenaient en l'air les pattes de l'animal, pendant qu'un homme détachait celle destinée aux honneurs du pied, c'était une basse besogne laissée à des valets qui n'avaient pas participé activement à la chasse. Pendant que l'on transportait l'animal au centre du carrefour pour la curée, les mettrais et leurs invités s'éloignaient. Le valet trancha la peau de l'animal sur toute la longueur du ventre, à tout petits coups, de la pointe de son couteau, il entreprit de décoller la robe, prenant soin de ne pas percer l'abdomen. |
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1
heure 30 après, au pont de "la Queue d'Ham"
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Un
cerf troisième tête relancé est descendu
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A mesure que la peau se détachait, une légère buée malodorante s'exhalait du fauve. La nappe et la tête complètement détachées, le valet fendit du haut en bas le ventre dénudé du cerf. Les entrailles fumantes débordèrent du cadavre et se répandirent sur le sol, dégageant une puanteur d'autant plus intense qu'elles retenaient la fièvre d'une course épuisante. Les hommes de l'équipage et les suiveurs étaient attentifs aux préparatifs de la curée. |
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Hallali
courant
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Les
honneurs de la patte
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Alertés
par les premiers sons des trompes qui annonçaient la curée,
les chiens se relevaient aussitôt. Un cercle se formait, en son
centre la la nappe du cerf qui, étendue, recouvrait sa carcasse
et ses abats. Des valets de chiens maintenaient en retrait la meute
fatiguée. Un homme, les jambes écartées au dessus de la nappe, maintenait par les bois la tête du cerf. Le piqueux, des valets de chiens, des veneurs semblaient en faction derrière le maître. Ils entamèrent les fanfares de la curée. |
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Fanfare
de la curée
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Le
balancé
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L'homme qui tenait par les bois la tête du cerf, la redressa et la balança d'un lent mouvement latéral afin de donner aux chiens l'illusion de la vie. La meute frémit, contenue par les cris des valets de chiens, sans lâcher les bois, l'homme se rejeta brusquement en arrière et arracha d'un seul coup la nappe qui, solidaire de la tête, découvrit la carcasse et les abats. Au signal du piqueux, les chiens se ruèrent sur eux. |
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La
curée
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La
curée
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La plupart des chiens fatigués par leur course de plusieurs heures s'étaient couchés au pied des arbres. A les voir si calmes, indifférents aux allées et venues, il était difficile d'imaginer qu'une demi-heure auparavant, ils couraient le cerf avec ardeur, prêt à le dévorer. Les chiens étaient comptés ; on cherchait les blessés afin de les emporter en voiture et leur épargner une longue marche de retour qui, quelquefois, se terminait au milieu de la nuit. Certains manquaient à l'appel, rentrant à l'aube par le portillon de la porte cochère de la vénerie. |
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Extraits choisis de "La cour des Maîtres"
René Lucot, Éditions Firésias 1999 |
Adaptation
Saga Menier
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Images film amateur? 16 mm de 1933 muet | |