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Le
problème du relogement des locataires improductifs coexiste
avec l'absence de Modalités de cessation d'activité. Jusqu'en
1905, l'inexistence d'une caisse de retraite laisse aux
ouvriers le soin de subvenir- eux mêmes à leurs dernières
années. En 1900 la caisse de l'usine compte 454 déposants
et un montant total des dépôts de 1.929.045 Frs. Ceux qui
n'ont pas su placer un petit pécule durant leurs années
de travail restent à la charge de leur famille ou des industriels
par le biais des "secours" patronaux. En 1898 les constructions
d'une maison de retraite et d'un lotissement de maisons
de retraités rendent compte de ces deux préoccupations.
D'abord faciliter- le renouvellement de la force de travail
dans la cité et les logements patronaux des autres communes.
Enfin tenter de répondre à la déficience d'une caisse de
retraite en accordant une dernière libéralité à ces "anciens
collaborateurs". Le 8 octobre 1898, lors de la pose de la
première pierre de la maison "Claire Menier". devant des
milliers de personnes une ancienne ouvrière remercie la
famille Menier de cette "généreuse attention pour (les)
vieux travailleurs qui trouveront en cet endroit charmant
en face d'où ils ont travaillé et élevé de nouveaux travailleurs,
le repos, le bien être et la sécurité jusqii'à la fin de
leurs jours" . GM répond notamment : "c'est ici (Noisiel)
une ruche où chacun apporte sa part à l'activité générale.
Eh bien ! Quand les vieux travailleurs arriveront au moment
de se reposer, ils pourront jouir en paix à leur tour, des
bienfaits du travail". Il ajoute : "Nous (la famille Menier)
avons tenu en même temps à ce que cette maison fut placée
ici même, c'est à dire, au sommet de la cité, afin de permettre
aux anciens travailleurs, à ceux que l'àge éloigne du travail
journalier, de vivre ici au milieu des leurs et d'avoir
eux-mémes l'illusion de l'activité, d'entendre la cloche
de l'usine sonner, le sifflet du chemin de fer et de se
dire mais nous sommes toujours là, nous collaborons tout
de même à l'oeuvre que nous avons commencée et que nos enfants
continuent". Ces propos, empreints de dénégation sociale,
donnent la mesure des discours paternalistes de la troisième
génération des industriels de Noisiel. Ils traduisent aussi
les modalités paternalistes de la cessation d'activité conçue,
à cette date, par le patronat. Il n'est pas question ici
de rente viagère ou de couverture sociale mais d'une ultime
libéralité. Désormais, sous leur- contrôle, les patrons
subviendront matériellement aux vieux jours des anciens
La Cité, cette "grande famille" ne rejette plus ses Improductifs,
elle les écarte seulement des actifs. Elle leur reconnaît
même une légitimité : celle produite par leur participation
à l'oeuvre passée. Ainsi ils ont vocation d'être les spectateurs
privilégiés de la vie de l'usine et de la cité. Mieux encore
cette réalisation suscite 1'illusion de l'activité (sic)".
Là non plus, il n'y aura pas partage entre travail et non
travail. Dorénavant, l'univers même de la cité est borné
entre l'usine et la maison de retraite;et les travailleurs,
de la classe gardienne à l'hospice, n'échapperont plus à
la sollicitude patronale. La maison de retraite, avec ses
33 lits, est un premier échec. L'établissement ne correspondant
pas aux normes en vigueur ne sera ouvert qu'en 1919. En
1898 toujours, un lotissement de maisons de retraités est
édifié à Champs. Ces maisonnettes construites de plain-pied,
se composent d'une cuisine, d'une chambre et d'un hangar.
D'après un commentateur, chaque habitation est "un aimable
logis, bien éclairé, doté d'un parfait confort, aux murs
ripolinés". Les logements sont occupés dès 1899 par 53 anciens
ouvriers et loués 10 centimes par jour. Ainsi, selon le
même journaliste, les locataires "vivent-ils tout près des
leurs la continuité de la vie familiale tout en libérant
la cité ouvrière proprement dite des logements qu'ils y
occupaient et qui profitent à des ouvriers en pleine activité".
Le placement des retraités à charge est aussi assuré, depuis
les années 1880, dans les fondations Menier de plusieurs
hospices (Lagny, Clermont, Ivry). La fermeture de la maison
de retraite reconduit leur utilisation durant la décennie
1900. Les placement sont décidés par le Comité de Direction
avec l'assentiment des familles. Comme les autres oeuvres
sociales elles sont soumises au même impératif de rentabilité.
En voici un bon exemple :
11.05.1908.
"Vacance du lit à l'hospice d'Ivry. Paulme demande si nous
avons quelqu'un à y mettre. La veuve Gagneux, ancienne ouvrière
secourue par l'usine, 80 ans, pourrait être proposée. Les
enfants seront consultés demain".
14.05.1908.
"Les enfants consultés consentent à l'admission" Les pièces
administratives nécessaires vont être demandées immédiatement".
01.07.1908.
"La veuve Gagneux à été admise hier à l'hospice". Ces mesures
ponctuelles n'étaient pas à même de répondre au problème
des retraites de 2 000 ouvriers. Ces libéralités envisagées
au sein de toute une pratique paternaliste, en retardaient
le règlement général, entretenant ainsi un vide juridique.
Le thème des retraites allait être au centre des débats
patronaux et syndicaux à venir. Rétrospectivement le peu
d'empressement manifesté à ouvrir la maison de retraite
la fait assimiler à une étape transitoire, rapidement dépassée,
de ce règlement global. Ceci bien que les menier poursuivent
aussi cette voie avec la construction dans les années 30
d'un nouveau lotissement de maisons de retraités à Torcy.
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